Giulio Tremonti



 - 2012

Le Monde, Le "Forza Hollande" de la droite berlusconienne, par Philippe Ridet, 25 aprile 2012

LA RISPOSTA

Le "Forza Hollande" de la droite berlusconienne

Par Philippe Ridet

En Italie aussi, la vengeance est un plat qui se mange froid. "Je ne souhaite pas la victoire de François Hollande, mais il pourrait apporter un vent nouveau en Europe, en refusant par exemple le traité fiscal" européen, a déclaré à la presse à la Chambre des députés, Silvio Berlusconi, l'ex-chef du gouvernement italien.

Cela faisait quelque temps que la droite italienne ne s'émerveillait plus devant Nicolas Sarkozy en qui elle a longtemps vu un "Cavaliere" en mieux élevé. Elle s'était énervée passablement sur le rôle de Carla Bruni - toujours démenti par celle-ci - dans la remise en liberté par le Brésil de l'ancien activiste Cesare Battisti et dans celle, par la France, de l'ex-membre des Brigades rouges Marina Petrella pour "raisons médicales". Elevé au rang de "grand animal politique" en 2008, le président a vite été descendu de son piédestal.

Le scrutin était encore ouvert à Paris, dimanche, que Giulio Tremonti (trois fois ministre des finances de Silvio Berlusconi) ouvrait le bal des lâcheurs. "Je suis un ami personnel de Nicolas Sarkozy, a-t-il dit à la télévision, mais si j'étais français, je voterais Hollande, il partage beaucoup de mes idées." M.Tremonti a cité notamment la "réforme du système financier international".

Il a été suivi rapidement par l'ancien ministre de la culture, Sandro Bondi, ancien communiste tombé en dévotion pour M. Berlusconi. "Paradoxalement, a-t-il déclaré, on peut espérer une modification de la politique rigoriste européenne grâce à Hollande." Ayant suivi le même parcours, Giuliano Ferrara, directeur du quotidien de la droite intellectuelle Il Foglio, un temps sarkolâtre, s'est contenté d'un tweet assassin : "Le clown sanguinaire qui a conduit la première guerre décidée depuis le café de Flore [la guerre en Libye] commence à payer l'addition."

LES CORNACS ITALIENS DE MARINE LE PEN ENCHANTÉS

M. Ferrara avait conduit au mois d'octobre 2011 une manifestation sous les fenêtres de l'ambassade de France à Rome, où il avait comparé M. Sarkozy à Louis de Funès. Comme beaucoup d'Italiens, il s'était senti "humilié" par un long sourire ironique et entendu échangé par le président français et Angela Merkel, lorsque interrogés le 24 octobre 2011 sur la question de savoir si l'on pouvait faire confiance à M. Berlusconi.

"Forza Hollande" pour les uns, "Forza Marine" pour les autres. Ancien responsable de la jeunesse au sein du Mouvement social italien (droite mussolinienne) et ex-ministre de la défense, Ignazio la Russa s'est fendu d'un message de félicitations à la candidate du Front national. Le score de cette dernière réjouit également Mario Borghezio (Ligue du Nord), Daniela Santanche (ex-secrétaire d'Etat), Francesco Storace, leader du petit parti La Droite. Tous trois ont "cornaqué" Mme Le Pen lors de ses passages en Italie. Parmi ces soutiens, on trouve aussi Alessandra Mussolini, la petite fille du Duce.